Avec ses ongles de doigts de pied délicatement vernis, sa taille de guêpe (qui disparaît sous le kimono), son large sourire et ses 56 kilos, Sirlei Costa affiche volontiers sa féminité, «très importante pour moi», dit-elle. Mais ne vous y fiez pas! Lorsqu’elle monte sur un tatami, cette jeune femme se fait tigresse, les griffes en moins. Un concentré d’énergie. Bras et jambes deviennent des étaux que ses adversaires ont bien du mal à desserrer. Clés et immobilisations n’ont plus guère de secrets pour cette adepte du jiu-jitsu, sacrée championne du monde de sa catégorie l’été dernier à Las Vegas.

«Participer à cette compétition, cela représentait un rêve, que j’ai pu réaliser, explique cette Brésilienne de 35 ans et Genevoise d’adoption. En 2015, j’avais déjà voulu y participer. Mais les inscriptions ont été fermées le jour même où je suis allée chercher mon visa! J’étais hyperdéçue.» Le titre remporté le 27 août 2016 dans la capitale du jeu avait donc un bon goût de revanche.

«Le sport ne m’intéressait pas»

Pourtant, rien ne prédestinait Sirlei Costa à devenir une sportive d’élite. «Avant 2010, je n’avais jamais fait de sport de ma vie, relève-t-elle. Ça ne m’intéressait tout simplement pas.» Mais à cette époque, son ex-mari, adepte de sports de combat, l’a emmenée à Genève voir un tournoi de jiu-jitsu, une discipline née au Brésil.

Et la magie a immédiatement opéré. «Le lundi suivant, je m’inscrivais dans un club.» Pourquoi? «Parce que c’est un sport où on ne frappe pas, technique, proche du judo. Mais c’est au sol que le combat commence vraiment.» Reste que le jiu-jitsu n’est pas vraiment une partie de plaisir. Immobilisations sévères, clés visant à tordre les membres de l’adversaire… «Si la prise est bien faite, soit on abandonne, soit ça casse, concède cette mère de famille. Le jiu-jitsu, qui veut dire «art souple», reste un sport de combat.»

A dire vrai, on se perd un peu dans les méandres de cette discipline en plein essor qui possède de multiples catégories, des compétitions sur inscription – tel le championnat du monde de Las Vegas – ainsi qu’une fédération professionnelle créée dans les Emirats, à Abou Dabi. Sirlei Costa, elle, s’aligne en amateur au sein de la IBJJF (International Brazilian Jiu-Jitsu Federation). Ce qui ne l’empêche pas de s’entraîner très souvent dans son club, Kimura, à Onex. «Environ cinq fois par semaine, confirme-t-elle. Je donne aussi des cours pour les autres filles, de plus en plus nombreuses.» A ses côtés, son compagnon – et entraîneur – Robinho Dantas acquiesce avec une évidente fierté.

Charbonnière dès son jeune âge

Actuellement au chômage, Sirlei Costa partage aujourd’hui sa vie entre sa famille et son sport. Le travail, pourtant, elle connaît. «Au Brésil, depuis toute petite, après l’école le matin, je travaillais chaque après-midi dans les mines de charbon avec mes parents. C’était très dur», lâche-t-elle. «On était en forêt, à ciel ouvert. On abattait le bois, on le mettait ensuite dans un grand four qu’on fermait dessus.» Un travail de charbonnier, en somme, qui a disparu depuis des lustres en Europe. C’est en 2003 qu’elle est venue à Genève, seule, invitée par une amie. «Je devais rester quelque temps, je ne suis plus jamais repartie! J’aime cette ville, même si au début j’ai souffert du froid. Et je trouvais les Genevois bien taciturnes dans le bus. Au Brésil, tout le monde se parle.»

Dans son pays, cette fille d’une famille de dix enfants y retourne régulièrement. Mais sa vie, maintenant, est à Plan-les-Ouates, quand elle ne voyage pas pour des tournois. Bonne cuisinière, elle a aussi appris à faire la fondue. «J’adore ça! lance-t-elle avec des yeux pétillants. Même si je fais attention à mon poids, afin de ne pas devoir trop perdre ensuite pour lutter dans ma catégorie.» Son péché mignon? «Déguster des framboises à la double-crème. A Gruyères bien sûr!»

source:Tribuna de Genève